samedi 19 juillet 2014

Dopage au travail : une banalisation dangereuse










La consommation de substance (médicament, stupéfiant . . ) pour affronter une situation jugée problématique (examen scolaire, challenge professionnel, entretien d'embauche . . .) à des fins de performance, est un phénomène qui se banalise dangereusement . . .

Interview
Frédéric Nordmann, Préventeur
Fondation Sport Santé, Comité National Olympique 

"Il existe un marché Internet . . ."

Agir Mag : On ne Parle pas de "dopage" au travail mais de "conduite dopante" . . 
Frédéric Nordman : Le dopage est un règlement spécifique lié à l’activité sportive qui interdit l’amélioration de la performance par l'usage de produits ou de procédés, pour des questions à la fois éthique et de santé publique. En dehors de la sphère sportive, on parle de "conduite dopante" pour désigner la consommation de produits spécifiques à des fins de performance dans la sphère professionnelle ou étudiante . . . 

Agir Mag : Quel est l'état des lieux ?
F.N : La part de la population générale est forcément " aveugle " car il n’existe pas de moyens de contrôle. Les indicateurs proviennent donc des centres de soins et des demandes de prise en charge des personnes. Sur ces bases, on constate une population parfaitement insérée socialement, exerçant tous types de profession, dans des secteurs d'activité très variés. Les produits concernés sont principalement la cocaïne, des stimulants (amphétamine, éphédrine) et l’usage de nouvelles molécules telles que l'anti-Parkinsonien et l'anti-Alzheimer. Si la vie de ces personnes s'organise autour de l'achat et de l'usage du produit, elles sont clairement en situation de dépendance.

Agir Mag : Quels sont les dangers et les risques associés ?
F.N : Cela devient évidemment un enjeu de santé publique et de santé au travail. Les effets secondaires de certains produits sont méconnus, de même que les conséquences sociales. Ramené à l'entreprise, il peut s'agir de démarche individuelle ou collective ; nous sommes alors dans des cas précis d'addictions en milieu professionnel. Par ailleurs, il existe un "marché Internet" qui permet de se procurer facilement tel ou tel produit, échappant à toute prescription médicale et à tout contrôle. . . 

Agir Mag : Comment organiser la prévention en amont ?
F.N : La première action est de sortir du déni ! Ensuite, il est indispensable de développer la connaissance des produits et leur sophistication. Un travail est également nécessaire, c'est-à-dire construire des scenarii professionnels pour essayer de déterminer et évaluer les facteurs déclencheurs. Surtout, il faut former au repérage précoce, et notamment les médecins du travail. Le débit de voix accéléré, l'endormissement ou une agressivité non coutumière sont des indicateurs de conduite dopante . . . .

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